01 mai 2008
Gestion du stress
Perte de contrôle de soi, de ses capacités ou de son
action sur l'environnement.
Le stress est une réponse, à l’intérieur de
l’individu, au niveau nerveux et au niveau physiologique qui est souvent
initialisée par une situation extérieure ou intérieure qu’une personne doit
vivre et qu’elle a du mal à contrôler.
Il existe différents domaines où il peut y avoir du
stress. L’on considère qu’il y a un stress positif à partir du moment où il
amène à l’action, et un stress négatif à partir du moment où celui-ci amène à
une inhibition de l’action. Et c’est cette inhibition de l’action qui pose une
difficulté pour celui qui la vit.
L’on peut constater différents symptômes, de la
légère tension quand il est encore gérable à des tensions physiologiques,
musculaires plus exacerbées. Cela peut être aussi un désordre dans la pensée,
dans l’organisation des idées. Physiquement cela peut aller jusqu’à des
tremblements, des douleurs abdominales, des complications de respiration, des vomissements
et jusqu’à l’évanouissement pour sortir de la situation de stress.
Dans la réalité physiologique, ces manifestations du
stress peuvent atteindre des degrés divers selon les situations. Mentalement,
cela peut provoquer des troubles d’organisation de la pensée, d’organisation
des objectifs, jusqu’à même ne plus savoir ce qu’on veut faire, jusqu’à ne plus
pouvoir accéder à des savoirs, à des connaissances ou à des savoir-faire.
Donc, le stress est un générateur de troubles de la
conscience de soi, mentaux ou physiologiques. Il est donc un indicateur
important chez une personne lui signalant qu’elle doit chercher ce qu’elle a à
faire, à comprendre, à gérer vis-à-vis d’elle-même pour retrouver un état
d’équilibre. Le stress est essentiellement un système d’informations vis-à-vis
de l’équilibre de la personne.
Il existe des domaines où le stress est volontaire
puisque qu’il est décidé et qu’il fait partie inhérente de l’entrée en action
pour les sportifs par exemple et pour les chanteurs, les comédiens avant
d’entrer en scène. C’est un cadre qu’ils ont décidé, qu’ils ont choisi, qu’ils
ont voulu et dont ils maîtrisent la plupart des paramètres. Il y a stress avant
l’action parce qu’il n’y a pas certitude de contrôle total de la situation mais
la situation évolue et elle est en bonne partie, pour un pourcentage
conséquent, sous la responsabilité de la personne. Donc, l’ensemble des
paramètres de la situation, quand le stress est géré d’une manière équilibrée,
est sous la responsabilité de la personne, ce qui lui permet d’entrer dans une
certaine situation en gérant son stress.
Par contre, quand les paramètres physiques ou/et
psychologiques de la situation – nous verrons lesquels plus loin - ne sont plus
sous la responsabilité ou échappent à la responsabilité de la personne, le
stress n’est plus géré. Par exemple dans les processus d’apprentissage, le
stress existe bien sur, il fait partie de la nécessité, vis-à-vis de
l’environnement, de gérer les comportements, de gérer la pensée, l’action,
l’engagement de la personne et de gérer également tous les processus mentaux
qui lui permettent d’agir. Il est entendu que cela reste toujours sous la
responsabilité de la personne.
Le stress devient problématique quand les paramètres
de l’expérience sont majoritairement sous la responsabilité d’un environnement
extérieur ou d’une réalité extérieure qui n’est pas celle de la personne. Par
exemple, lorsqu’une personne est licenciée, lorsqu’elle n’a pas de contrôle ce
qui lui arrive, qu’elle n’a pas d’information sur sa situation professionnelle.
Il est évident qu’une part de sa réalité sort du champ de son propre contrôle
et donc génère du stress. Ca c’est la première situation, qui est liée à une
situation sociale. Le générateur de stress a des fondements sociaux.
D’autres fondements sociaux, extérieurs comme les
tremblements de terre, les catastrophes naturelles, les guerres, les accidents,
font que la personne, à un moment donné, n’a plus le contrôle de la situation
dans laquelle elle est engagée. Cela est générateur de stress également. Il
s’agit alors de comportements, d’attitudes, d’environnement qui ne sont plus
contrôlés.
Il peut exister également des difficultés de contrôle
des propres processus mentaux d’une personne. On le voit par exemple avec des
comédiens, avec des étudiants apprenant. Le comédien sait qu’il va entrer en
scène et qu’il va avoir une action mentale sur une connaissance qu’il va
restituer. Un enseignant, un conférencier, moi qui suis là devant vous, je
pourrais éprouver cela, ce qui n’est pas le cas. Un étudiant peut avoir
l’incertitude des résultats de ce qu’il va faire mentalement et donc être dans
un stress parce qu’il n’a pas la certitude de pouvoir gérer ses propres
connaissances. Là, nous ne sommes plus dans l’environnement, mais dans les propres
processus intérieurs de gestion de sa propre connaissance et cela peut être
générateur de stress.
Ce qui peut également être générateur de stress peut
être lié à un savoir-faire. Quand quelqu’un apprend à conduire par exemple. Il
va devoir contrôler un savoir-faire et comme il n’en a pas encore la totale
maîtrise quand il se trouve en situation, cela peut être générateur de stress.
Il a d’une part son système d’évaluation personnel, et il y a d’autre part un
système d’évaluation à l’extérieur de lui qu’il ne contrôle pas non plus.
Nous voyons là tous les cadres qui peuvent être
générateurs de stress. Je prends un autre exemple vis-à-vis de soi même par
rapport à des comportements. Je rencontre actuellement une personne qui a un
handicap lié à une maladie qui provoque une réduction de mobilité de son corps.
Mentalement, elle a toujours les compétences et les capacités de se penser
agissante. Physiquement, il n’y a plus les réponses du contrôle du corps tel
qu’elle le connaissait auparavant. Donc, elle est sans cesse en stress entre
son intention mentale et les résultats du comportement, de ce que son corps
peut faire. Elle est donc souvent en décalage. C’est comme si elle se donnait
une induction d’action et que son corps ne suive pas l’induction d’action. Il y
a donc une précipitation d’action à l’intérieur, vouloir à nouveau penser
l’action, à nouveau rentrer dans l’action, et la réponse ne correspond pas au
champ de la conscience de ce qui est possible. Ce qui génère un stress à
l’intérieur de cette personne, par rapport à ses comportements. Et
paradoxalement, dans ces moments-là, elle a justement besoin de réduire le
stress pour ralentir entre son champ mental et son champ physique la
possibilité de créer un lien entre la possibilité de son action et les
possibles de son corps. Quand des personnes ont eu des accidents, des
difficultés, ils sont en situation de stress parce qu’effectivement ils se
retrouvent en décalage de contrôle entre le contrôle mental de leurs propres
comportements et le contrôle des comportements eux-mêmes. Nous avons à faire à
un type de réalité bien connue de personnes qui ont été confrontées des
cécités, des accidents ou des difficultés de réadaptation.
Ce que nous voyons dans cette notion de stress, c’est
qu’il est important pour une personne qu’elle puisse agir sur ces différents
domaines. Bien sur, elle peut agir sur ses aptitudes mentales pour pouvoir
gérer ses aptitudes mentales face à ce qui va se produire. C’est relativement
possible, elle peut agir sur ses comportements.
Il y a un domaine où cela lui est plus difficile,
c’est quand elle va devoir agir vis-à-vis d’un environnement sur lequel elle
n’a pas une totale maîtrise. Et l’on voit là qu’effectivement, ne pas avoir une
totale maîtrise de l’environnement dans lequel elle se trouve est un sujet de
stress important. Depuis quelques années, avec la rapidité des déplacements
professionnels, les changements de structures professionnelles, les personnes
n’ont pas le temps de concevoir mentalement ces nouveaux changements, de s’y
adapter mentalement. C’est l’environnement qui est le sujet de leurs
changements, de leurs déplacements et du fait de ne pouvoir avoir de contrôle
sur ces changements est générateur de stress.
Les conséquences du stress
La conséquence immédiate est un état d’inconfort, un
état de mal être. Mais cela peut aussi, à long terme, altérer la conscience de
la personne, actrice d’elle-même, altérer sa confiance en elle-même si, dans
certaines situations, elle n’a pas réussi à gérer cette différence qu’il y a
entre son intentionnalité et l’action. Si cela arrive une fois, elle peut se
réajuster. Si cela arrive deux ou trois fois, elle va mettre en doute ses
capacités de pouvoir faire les choses. A un certain moment, elle peut aller
jusqu’à créer une présupposition sur le futur de son incapacité à pouvoir
faire. Ce qui aura bien sur tendance à augmenter encore plus le stress.
Il peut arriver qu’une personne décide de ne plus
s’engager dans la réalité en question, afin d’éviter d’avoir à gérer le stress.
Elle peut décider par exemple de ne plus passer d’examen, d’éviter d’aller dans
certains lieux, de quitter un champ professionnel. Ce sont des processus
d’évitement pour éviter la souffrance, pour éviter surtout d’altérer la
conscience de soi et de son intégrité en tant qu’agissant vis-à-vis de
soi-même. Et bien des personnes rentrent dans ce genre de situations pour ne
pas avoir à altérer cette conscience d’elles-mêmes, pour paradoxalement, rester
actrices de leur propre vie. En se réfugiant, en manière de sauvegarde dans le
‘’ne pas faire’’, pour éviter d’altérer la conscience de leur identité, elles
rentrent dans une situation où elles ne sont même plus identifier comme pouvant
faire. Cela peut aller jusqu’à sortir d’un champ social pour éviter les
confrontations qui seraient sujettes et génératrices de stress.
Ce qui est important de voir par rapport à ce stress
L’on peut réduire cet état de stress, de fébrilité et
d’inconfort par des prescriptions médicamenteuses qui peuvent effectivement
avoir pour effet à court terme que ces personnes ne ressentent plus ce stress
ou en tout cas qu’elles ne soient plus en contact avec lui. Paradoxalement, ces
prescriptions peuvent lui faire perdre certaines de ses capacités, ce qui peut
être aussi générateur de stress. Il est important pour la personne qu’elle
puisse réorganiser différents processus d’elle-même pour qu’elle puisse
effectivement être à nouveau actrice de sa propre réalité.
Par exemple, elle peut apprendre - et c’est ce que
nous remarquons quand nous agissons et que nous permettons la gestion du stress
- en premier lieu, à réorganiser les représentations mentales de l’action à
produire. Dans sa tête, dans son imaginaire, elle apprend à se faire une
représentation pertinente, en fonction de ses capacités, pour pouvoir agir sur
ses représentations mentales, en évitant d’y introduire des paramètres de
risques, ce qui augmenterait le stress. Cela lui permet de rester actrice de sa
réalité, tant que faire se peut, de continuer à agir dans sa réalité sociale en
évitant de subir ce stress de la réalité extérieure, même s’il y a un contexte
social qui détermine sa situation et qui est générateur de stress.
Cela permet également de redonner un sens différent
aux situations parce que bien souvent lorsqu’une personne est entrée dans un
état de stress, elle a créé une distorsion. Elle a fait de la situation
problématique une chose encore plus importante puisqu’elle n’est plus en mesure
d’être en contact avec ses propres ressources. Elle a une perception de la
réalité, de la situation qui est parfois démesurée. Elle ne sait plus ‘’par
quel bout prendre’’ une globalité, et il est important de reséquentialiser les
étapes de l’action, de redonner sa juste dimension dans la représentation
qu’elle a de la problématique, et de lui faire retrouver un cadre qui soit
pertinent par rapport à ce qu’il était à l’origine.
Cela signifie aussi lui permettre :
· de réorganiser
mentalement les différentes actions qu’elle va avoir à faire pour pouvoir
effectivement changer sa vision de l’objectif qui n’apparaît plus alors comme «
énorme et inaccessible »,
· et de retrouver
les différentes séquences, les différentes étapes à franchir pour arriver
jusqu’à cet objectif.
Très souvent quand il y a stress, il y a distorsion
du temps et de l’espace : ce qui « normalement » dans une action faite dans un
rythme sans stress, permet une séquentialisation et une notion de
temporalisation fluides, amenant la personne à s’engager dans chaque étape avec
cette même fluidité.
Quand il y a du stress, la notion du temps et de
l’espace est compressée dans la représentation mentale de la personne. Elle
voit tout ce qu’il y a à faire, mais elle ne voit plus les espaces qui séparent
les choses qu’il y a à faire et cela est générateur de stress. Il lui suffit de
réapprendre à gérer l’espace et le temps, quitte à utiliser un agenda, à mettre
des positions.
Par exemple, quand une femme vient d’avoir un enfant,
elle a une nouvelle réalité à gérer dans sa réalité déjà existante. Ce qui
génère le stress, c’est qu’elle n’a pas mis dans son espace temps, l’espace
temps de cette gestion-là. Quelqu’un qui prend un nouvel emploi à des choses
différentes à faire. Il n’a pas pris l’habitude de mettre dans son temps et
dans son espace toutes les choses qu’il a à faire, ce qui fait qu’il en ramène
chez lui le soir et qu’il est stressé de ne pas pouvoir les faire.
Quand l’intégrité d’une personne a été atteinte,
permettre à cette personne de réaffirmer sa confiance en son aptitude de
gestion de ses comportements et de ses processus mentaux, est très important.
Il suffit parfois de la mettre dans l’attention de regarder les résultats de ce
qu’elle fait. Très souvent, quand une personne est en situation de stress, elle
n’arrive plus à discerner ce le résultat de son action. Ce qui implique que, ne
voyant pas de résultat à son action, elle génère encore plus de stress.
Aider à gérer le stress des étudiants signifiera peut
être aussi de leur permettre d’apprendre à gérer différemment leur savoir. Au
lieu d’avoir un savoir linéaire, une espèce d’amalgame de connaissances, ils
apprendront à avoir des outils pour eux-mêmes qui leur permettront d’aérer
leurs connaissances, d’aérer l’organisation de leurs connaissances. Ce qui, de
ce fait, sera bien moins générateur de stress.
* * *
Un des premiers indicateurs du stress est une réponse
physiologique. Il s’agit du ralentissement de la respiration, d’une difficulté
à respirer. Quand une personne est en situation de stress, une des premières
choses à faire est de lui réapprendre à respirer, pour lui permettre de mettre
à nouveau de la conscience dans sa respiration. C’est pourquoi, très souvent,
on accompagne les personnes stressées dans la capacité d’être à nouveau dans
une conscience de leur respiration où elles pourront être actrice du fait de
respirer alors qu’en situation de stress, elles ne sont même plus actrice de
leur respiration. Et ce petit détail fait qu’elles redeviennent actrices de
leur réalité physiologique et de ce fait, de leur propre réalité psychologique.
En même temps, il y a un indicateur important dans la gestion du stress - dans
la gestion des états émotionnels, la gestion mentale - c’est que l’émotion – le
stress en est une – est le résultat, à l’intérieur de nous, d’un objectif que
nous souhaitons atteindre, et d’un résultat que nous obtenons et qui ne
correspond pas à cet objectif. Plus nous nous éloignons du résultat de
l’objectif, plus nous allons générer de stress. Plus nous nous rapprochons du
résultat de l’objectif, plus nous allons générer des émotions agréables.
Lorsque nous sommes en situation émotionnelle de
tension, que la respiration manque, il s’en suit une réduction de l’afflux
sanguin. Le premier indicateur d’un état de tension, de stress, est la
réduction de la respiration et donc la réduction de l’oxygénation et par
conséquent de l’afflux sanguin. Ce qui augmente la situation de stress.
Il est donc important pour la personne stressée de
reprendre une attitude de gestion et de conscience de la respiration vis-à-vis
d’elle-même. Un sportif qui se prépare à une compétition, est essentiellement
centré sur sa respiration. Il sait, qu’à tout instant, toute pensée parasitaire
qui viendrait et qui ne serait pas en adéquation avec ses objectifs, génèrerait
un état émotionnel qui aurait une altération sur sa respiration. Conscient de
cela, il met son attention pour réguler cette respiration et par-là même, il a
une incidence sur ses états émotionnels.
Ce qui nous amène bien sur à constater que les états
émotionnels dans notre vie intérieure, sont le résultat de notre gestion
mentale. Il n’y a aucune émotion qui soit due à quelqu’un ou à un environnement
extérieur. L’environnement nous envoie des informations, nous fait vivre
certaines situations. La manière dont nous allons les gérer intérieurement va
générer certaines émotions plutôt que d’autres, mais ces émotions sont le
résultat de ce que nous faisons de ces informations extérieures, et non pas les
conséquences des informations extérieures. Ce qui est important c’est d’avoir
la conscience de cette liberté vis-à-vis de soi-même quelle que soit la
situation extérieure.
Le stress est donc un indicateur d’un déséquilibre
momentané et il nous sert à cela. Il est un système d’information qui nous
permet, en tout cas de savoir que nous sommes à un point de déséquilibre. Ce
n’est pas un point de rupture, et c’est important de savoir faire la
différence. Par contre, s’il y a un stress trop important par rapport à une
situation extérieure, et que nous n’arrivons plus à contrôler cette situation -
à nous engager dans cette situation pour pouvoir réduire le stress - si cette
situation extérieure est par trop importante, comme un deuil, la mise en vente
d’une maison, un divorce, si nous avons l’impression de perdre tout contrôle
sur ce qui se passe à l’extérieur, c’est un générateur de stress extrême. Un
stress qui peut nous entraîner jusqu’à ne plus dormir, ne plus avoir envie de
manger. C’est jusqu’à ce point un indicateur de déséquilibre et non pas de
rupture mais si, à un moment donné, une personne se retrouve dans une situation
où elle ne peut plus avoir un engagement, si elle se désengage de toute action,
de toute possibilité d’action mentale, comportementale, elle va parvenir à un
point où elle ne pourra plus envisager de futur.
C’est alors qu’elle va rentrer dans un espace de
rupture, un espace de dépression qui, lui, sera fondé sur l’incapacité de la
personne à construire un futur possible. C’est la phase suivante si le stress
n’a pas été géré. La personne ne va plus pouvoir concevoir des actions
possibles, des comportements possibles, des aptitudes possibles mentales ou
d’actions dans l’environnement, et à ce moment-là, le retrait fait qu’elle
sombre dans un état de dépression. Parce qu’il y a une pression telle de
l’environnement que la seule solution est d’entrer en dépression pour ne pas
subir la pression.
Par Régis Lamotte,
Psychothérapeute, Lauris, France
Publié sur le site Psycho-Ressources: http://www.psycho-ressources.com/bibli/gestion-du-stress.html
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